Traité des larmes : Fragilité de Dieu, fragilité de l’âme PDF

L’hésychasme vise la paix de l’âme ou le silence en Dieu. Cet usage trouve son expression dans la Philocalie des Pères neptiques, recueil de traités et de conseils concernant la vie spirituelle et la pratique de la prière. La recherche de l’hésychia peut être comprise de deux façons : soit comme la recherche des conditions extérieures de la tranquillité, soit comme l’état intérieur correspondant. Ces deux sens ne traité des larmes : Fragilité de Dieu, fragilité de l’âme PDF pas séparables.


Philosophe attentive à la source hébraïque de notre culture, Catherine Chalier s’intéresse ici à un thème négligé en philosophie : les larmes. Les pleurs de Jacob, d’Esaü ou de Joseph, ceux des prophètes ou du psalmiste incitent à réfléchir à toute une gamme d’émotions, du désespoir à la joie, de la révolte à la compassion. Mais la question essentielle qu’ils soulèvent est celle de la nature de l’homme, censé porter en lui l’image de Dieu, et dont on peut se demander quelle fragilité constitutive le rend capable de pleurer. Plus profondément encore, la tradition orale du judaïsme (Talmud et Midrash) n’hésite pas à évoquer les larmes de Dieu. Sur qui et sur quoi l’Éternel pleure-t-il ? Que nous disent ses larmes de sa relation aux hommes ?
Catherine Chalier, en analysant les réponses multiples de la tradition hébraïque, montre comment elles relèvent d’une pensée sans cesse tournée vers la vie partagée.

Cependant l’hésychasme n’est pas une spiritualité réservée aux moines : les grands théologiens de l’hésychasme, comme le moine Grégoire Palamas, ont toujours insisté sur l’obligation commune aux laïcs et aux moines de  prier sans cesse . La vocation de l’homme, sa divinisation, est unique et universelle, c’est-à-dire qu’elle est la même pour tous les êtres humains, quel que soit notre état. La doctrine hésychaste repose sur une anthropologie et une théologie : la possibilité pour l’homme d’atteindre l’union avec Dieu, d’être déifié. Elle s’appuie par ailleurs sur un enseignement pratique et ascétique, s’enracinant historiquement dans la spiritualité des premiers Pères égyptiens, sur la  garde du cœur  et la  prière ininterrompue .

Cette pratique spirituelle n’est pas séparable de la théologie de la déification des Pères grecs. Le désert était considéré comme le lieu du diable, d’où Dieu fit sortir Israël. Si les prophètes s’y aventuraient, c’était pour l’affronter, faire reculer son territoire. Ceux-ci continuaient la traversée du désert commencée dès les premiers siècles, contre le risque de l’assoupissement de l’Église dans le monde soudain accueillant. L’Église adopta la spiritualité des moines, qui en devinrent l’avant-garde spirituelle. Selon le témoignage d’Athanase d’Alexandrie, Antoine découvrit sa vocation en entendant à l’église la parole du Christ :  Si tu veux être parfait, va-t’en, vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, puis viens et suis-moi !

Il s’est par ailleurs lié d’amitié avec Grégoire de Nysse. La psychologie d’Évagre aura une grande influence sur toute la spiritualité chrétienne. Le combat spirituel est un combat intérieur, s’exerçant par une vigilance constante à l’égard de nos pensées. Selon lui, il ne nous appartient pas tant d’avoir de mauvaise pensées, que de les laisser obscurcir notre esprit et d’y consentir. Huit sont en tout les pensées qui comprennent toutes les pensées : la première est celle de la gourmandise, puis vient celle de la fornication, la troisième est celle de l’avarice, la quatrième celle de la tristesse, la cinquième celle de la colère, la sixième celle de l’acédie, la septième celle de la vaine gloire, la huitième celle de l’orgueil. L’homme libéré de la domination de ces passions atteint un état de quiétude qu’Évagre qualifie d’apatheia. Les passions, nécessaires au corps, n’ont pas à être supprimées, mais ne doivent pas nous dominer, ni devenir excessives.

La fleur de l’apatheia, c’est l’amour. La prière est un rejeton de la douceur et de l’absence de colère. La prière est le fruit de la joie et de l’action de grâces. La prière est l’exclusion de la tristesse et du découragement. Si tu aspires à prier, renonce à tout pour obtenir le tout. Celui qui prie en esprit et en vérité ne glorifie plus le Créateur à partir des créatures, mais c’est de Dieu même qu’il loue Dieu.

Si tu aspires à prier, ne fais rien de tout ce qui est incompatible avec la prière, afin que Dieu s’approche et fasse route avec toi. Heureux le moine qui regarde le salut et le progrès de tous comme le sien propre, en toute joie. Moine est celui qui est séparé de tous et uni à tous. Est moine celui qui s’estime un avec tous, par l’habitude de se voir lui-même en chacun. Jean Cassien est un pont entre l’Orient et l’Occident. C’est dans ses écrits que l’on trouve l’un des plus anciens témoignage concernant la prière perpétuelle à partir d’une phrase courte : il associe l’enseignement des Pères grecs à la pratique ascétique des pères égyptiens. Au sein de l’Église orthodoxe, c’est au contraire saint Jean Cassien et non Augustin, qui représente la juste foi des Pères : le salut n’est possible que par la synergie de la volonté humaine et divine.

Lors d’un séjour au désert de Scété en Égypte, il y devient le disciple de l’abbé Paphnuce. Il prend conscience de l’insuffisance de l’enseignement qu’il avait reçu jusqu’alors dans les monastères. On lui avait appris à renoncer au monde et quelque enseignement dans la lutte contre les passions, mais non pas à s’élever jusqu’à l’union intime avec Dieu. Cassien vécut la fin de sa vie à Marseille, en France. C’est de là qu’il va transmettre à l’Occident l’enseignement pratique et ascétique qu’il reçut en Égypte. Cassien défendait l’existence d’une certaine forme de libre arbitre présent avant l’Incarnation : l’image de Dieu en l’homme était obscurcie mais non pas détruite. On ne doit pas penser que Dieu ait créé l’homme de telle façon qu’il ne puisse jamais accomplir, ni même vouloir le bien.

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